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Noémie Charmetant, contrebassiste et chanteuse

05-10-2026

Article rédigé par Noémie Charmetant avec Catherine Colleu

Noémie Charmetant est née en 1995 en région Lyonnaise d’un père viticulteur et d’une mère professeur des écoles. Tous deux musiciens, ils ont transmis leur amour pour le son à leurs enfants dont deux d’entre elleux en ont fait une histoire qui dure. Noémie a débuté la contrebasse en conservatoire très jeune dans un cursus scolaire de musique classique puis a diversifié ses compétences dans le jazz et les musiques traditionnelles européennes. Elle a découvert le Bluegrass sur le tard au fil des rencontres et a rejoint le groupe Cow Comino Train en 2019. Depuis, elle a participé à bon nombre de rencontres autour du Bluegrass et rencontré les personnes qui travaillent aujourd’hui dans une petite dizaine de projets musicaux. Elle foulera pour la première fois la scène du rassemblement de Bluegrass de Vichy, le Winter organisé par FBMA cet automne 2026. 

1 - Noémie, te souviens-tu de ta première rencontre avec la musique bluegrass ?

Bonjour Catherine et merci pour ton invitation. Je pense que c’était durant ma dernière année de lycée, le film Alabama Monroe venait de sortir, et en même temps ma soeur vivait au Canada et s’intéressait vraiment à ce style de musique, elle m’apprenait des chansons de Della Mae et du film O' Brother… On peut dire que je suis tombée dedans par la cheminée du cinéma. 

2 - Pourrais-tu nous raconter l'histoire de ton premier instrument ainsi que celle des instruments suivants, s'il y en a ?

J’ai commencé la musique par le piano et l’éveil musical vers 5 ans, sans trop de passion à l’époque pour cet instrument qu’il fallait travailler à la maison ! Parallèlement j’avais quelques ennuis scolaires qui ont poussé mes parents à trouver un moyen de me changer d’école, et ils ont eu l’idée de m’inscrire en CHAM (classe à horaires aménagés musique) dans la ville voisine. Et là il fallait que je choisisse trois instruments dans l’ordre de ma préférence : violon, violoncelle, contrebasse. J’ai été inscrite en contrebasse à six ans, le début d’une belle aventure ! Et depuis un an, j’ai envie de plus de virtuosité, je me mets tout doucement, mais sûrement à la mandoline. 

3 - Comment as-tu pratiqué ton instrument au début et quelles ont été tes influences ? Étais-tu assidue et as-tu élaboré une méthode de travail personnelle, ou préfères-tu les stages (virtuel ou en présentiel) ou les méthodes sur papier ?

J’ai peu de souvenirs du tout début, mais dès petite ce que je voulais c’était jouer en groupe. Je n’étais pas très intéressée de jouer seule, donc le plus clair de ma progression a été durant les cours, ou dans les ensembles du conservatoire, mais honnêtement pas beaucoup à la maison… 
J’ai vite intégré les orchestres classiques de mon conservatoire. J’adore l’orchestre car c’est une façon de travailler l’oreille et la pratique instrumentale (surtout en contrebasse, on prend bien le temps d’écouter chaque partie de violon / alto… en attendant notre tour). Et je crois que ce qui m’a vraiment formée et donné de l’assurance dans la musique c’était de développer mon oreille. On chantait tout le temps à la maison, et j’ai adoré faire de la chorale. J’ai beaucoup intériorisé les sensations de l’harmonie durant mes quatre premières années d’apprentissage. Ensuite, pour moi, la méthode la plus efficace pour progresser l’instrument c’est de décortiquer l’élément difficile de manière presque chirurgicale jusqu’à trouver le geste qui bloque, puis de le répéter très lentement au métronome, puis de plus en plus vite mais vraiment prudemment. C'était le conseil d’un de mes professeurs de contrebasse, dont la pédagogie m’a marquée à vie. 
Je ne suis pas très friande des méthodes papier car j’ai vraiment besoin de mon oreille pour induire la séance de travail, je préfère partager le son avec d’autres (stages, jam…) en présentiel. 

4. - Noémie, on te voit sur certaine vidéos avec ta soeur, est-ce que la musique est une histoire de famille ?

Tout à fait, tous les enfants de ma famille ont pu choisir d’apprendre un instrument s’ils le souhaitaient. Ainsi j’ai un frère batteur et une sœur chanteuse multi-instrumentiste. Ma deuxième sœur n’a pas appris la musique mais elle chante d’une belle voix claire et avec une justesse très agréable. Mon père est pianiste, et d’autant plus depuis sa retraite, il a plusieurs projets qui tournent pas mal, et ma mère ayant appris la musique étant petite  chante dans bon nombre de chorales et toute la journée sans s’en rendre compte !
5- As-tu des recommandations pour ceux et celles qui s'initient au bluegrass et souhaitent commencer à pratiquer un instrument ?

Il est essentiel d’écouter les artistes qui ont ouvert le chemin du bluegrass, celleux qui font vivre la scène aujourd’hui mais aussi d’écouter d’autres styles pour bien s’approprier la notion de groove. C’est très subtile dans le Bluegrass, mais quand on comprend comment nuancer, marquer les temps, ça devient incroyablement intéressant. 
Ensuite, travailler au métronome, apprendre les grilles des chansons qui reviennent souvent en jam, sortir jouer en jam et prendre des solos même si vous n’êtes pas sûrs de vous, puis faire confiance à la communauté bluegrass pour vous accueillir chaleureusement. C’est vraiment une belle idée de se mettre au Bluegrass aujourd’hui. Je sens qu’il y a un engouement de plus en plus pour le style et c’est chouette d’envisager qu’il y ait plus de concerts et de festivals Bluegrass en France. Lancez-vous, allez aux différents workshop de Bluegrass, il y en a pleins ! 

5- As-tu eu des rencontres marquantes qui ont influencé ton jeu et ton désir de continuer , et si oui, lesquelles et à quelle période ?

J’étais influencée par ce qu’on écoutait à la maison. Donc je commencerais par ma mère instit qui me faisait écouter les ptits loups du jazz, et mon père qui sortait les vinyls de starmania. Mon père pianiste m’a montré que c’était possible de jouer sans partition et j’ai vite accroché avec cette façon de ressentir le son. 

Plusieurs profs de contrebasse ont influencé mon jeu à l’époque du conservatoire, mais aussi deux professeurs de violon qui dirigeaient des ensembles. J’ai notamment participé pendant quelques années à un cours sur les musiques de l’Est, c’était vraiment génial, et on a fait pas mal de concerts. 

Puis ensuite on a monté un projet avec mon père, une amie chanteuse de sa génération et un ami violoniste de ma promo quand on avait 16 ans, sur des chansons françaises des années 50, ça aussi ça m’a formée à la musique populaire et c’était hyper important. 

Au même moment je participais aux stages de l’orchestre national de Lyon et là c’était le défilé des personnalités marquantes tant côté élèves que côté profs. Je pense que le chef d’orchestre Antoine Marguier a été la première personne grâce à laquelle j’ai imaginé que ce serait possible pour moi de baigner dans la musique toute ma vie et d’en faire mon métier. 

Ensuite, pour revenir dans le Bluegrass, je pense que ma rencontre avec les filles de mon projet Cow Comino Train a bien bousculé mon jeu puisque j’avais l’habitude de jouer vraiment au fond du temps avant ça, et je me rappelle de Myriam, qui jouait avec nous au début et qui m’avait ouvert les yeux sur la nécessité d’anticiper plus le temps. 
Je crois que j’ai mis un moment à m’en rendre compte mais que ça m’a vraiment aidée à trouver ma place dans le panel harmonique du Bluegrass, merci à elle.

Noémie avec sa soeur Lorène
Noémie avec sa soeur Lorène
Avec Sweet Potato Vine  ( Jake Braunecker, Léa Desplats, Maël Mesurolle)
Avec Sweet Potato Vine ( Jake Braunecker, Léa Desplats, Maël Mesurolle)

6 -Peux-tu nous décrire ton parcours dans le bluegrass (les groupes, tes expériences en studio, ta production, ainsi que les organisations de tournée ou d'autres aspects)

J’ai commencé le Bluegrass avec “Cow Comino Train”, des filles super avec lesquelles on tourne sur de belles dates maintenant, puis j’ai intégré le groupe “Karoline and the Free Folks” avec lequel on a enregistré un album l’année passée au studio l’Artisterie. Au début très impressionnant pour moi, puis juste génial d’apporter ma pierre à l’édifice pour cet album chiadé. On a aussi tourné quelques clips et commencé à nous produire professionnellement grâce à notre agence de production. C’est le groupe qui a marqué le passage de ma vie de musicienne Bluegrass amatrice à professionnelle. 
Puis j’ai pu enregistrer ma basse sur le futur album de Louis Vinatier, encore une expérience hors du commun avec la composition des parties en studio, des morceaux super que j’ai hâte d’entendre finis. 
Aujourd’hui je suis contrebassiste dans pas mal de projets entre Lyon, Grenoble et Toulouse et j’adore enfiler mes pantoufles dans toutes ces ambiances et parmis toustes ces musicien.ne.s incroyables. 

7- Peux-tu nous parler de tes groupes actuels, ses membres (comment tu les as rencontrés) et nous dire comment tu t’organises si les groupes ne sont pas dans la même région ?

Je joue à Lyon avec Cow Comino Train et Karoline and the Free Folks, mais aussi plus récemment avec Oakwood Bridge, des super bluegrass boys (Patrick Peillon, Thomas Marinello et Fred Glas) avec lesquels nous allons bientôt fouler la scène de Vichy pour notre premier concert, merci FBMA !
Je joue avec ma sœur Lorène dans le projet Coucoujacques, qui est un super duo de chant Folk/Bluegrass/Chanson Française entre Lyon et Grenoble. 
A Toulouse, j’ai intégré les groupes Sweet Potato Vine et FUM qui m’apportent l’air chaleureux du Sud-Ouest et grâce auxquels j’ai découvert le cassoulet via le collectif Bluegrassoulet. Plus récemment nous avons ouvert la porte au projet de Jake Braunecker (band) qui met en valeur ses compositions touchantes et si entraînantes.  D’autres projets vont arriver durant cette fin d’année mais qui sont pour l’instant encore au stade de résidence en ce qui me concerne, j’ai hâte de les concrétiser !

Pour l’organisation c’est beaucoup de temps passé sur mon agenda et dans le TGV, des courtes nuits mais des longues siestes ! J’essaie de regrouper les temps de travail avec les concerts pour optimiser les aller-retours. 

8- As-tu des recommandations pour ceux et celles qui s'initient au bluegrass et souhaitent commencer à pratiquer un instrument ou chanter ?

Pour apprendre à chanter y a pas le choix, faut se lancer et oser. Faire des stages, je pense que ça peut aider à débloquer la voix de chanter à plusieurs. S’inscrire dans une chorale ! 

Cow Comino Train avec Caroline Penot et Coraly
Cow Comino Train avec Caroline Penot et Coraly
Avec Karoline and the Free Folks (Caroline Penot et Jimmy Josse)
Avec Karoline and the Free Folks (Caroline Penot et Jimmy Josse)
Avec le groupe Fum (Vincent Chaine, Paul Rozière et Damien Mélich)
Avec le groupe Fum (Vincent Chaine, Paul Rozière et Damien Mélich)

9- Quand on joue du bluegrass, on regarde vers les USA. Quelles sont tes chouchous parmi les « stars « « américaines » des différentes générations ? Si tu devais choisir une seule musicienne ou un seul musicien ce serait qui ?

Aujourd’hui j’adore vraiment très fort la musique de Justin Moses, et de A.J Lee. Je pense que leurs albums sont ceux que j’ai le plus écoutés. 
Mais la liste est longue, je suis hyper touchée par la musique des Punch Brothers lorsqu’iels retrouvent leur simplicité en pleins milieu d’un chaos harmonique… 
J’adore Bela Fleck, Hot Rize… Billy Strings of course ! Et notamment son contrebassiste Royal Massat et son style vestimentaire absolument parfait. 
Dans la série des contrebassistes, il y a aussi Paul Kowert et Edgar Meyer qui façonnent le jeu ClassicoBluegrassoGroovy qui m'inspire tant… 
Dans les plus anciens, il y a Ronnie Bowman, Peter Rowan, Jim Mills… 
Plus récemment j’ai beaucoup écouté Andrew Marlin dans ses différents projets, je le souhaite à tout le monde, c’est magnifique. 

Bref, si je dois n’en garder qu’un.e, ce serait Justin Moses car il sait tout jouer parfaitement et que sa voix me transperce. 

10- Quels sont en ce moment tes morceaux préférés en bluegrass ?
Comment découvres tu les artistes américains (radios américaines, site des artistes, YouTube etc ?) Ecoutes-tu des albums en entier ou papillonnes-tu ?

Quelques albums en boucle en ce moment : 
Burried in a Cape de Andrew Marlin
Mighty Poplar du groupe Mighty Poplar
Home de Billy Strings
Brittany Haas par Brittany Haas
One Mic Sessions #1 de Calico Drive 
Et s’il existait un album du groupe Sentimental Gentlemen, je l’écouterais tous les jours… 

J’aime beaucoup écouter des albums entiers mais je suis une grande papilloneuse aussi. Je découvre pas mal d’artistes en faisant des remplacements de contrebassiste dans des projets qui ont des répertoires différents (Bluelass, Stella Might Come cet été par ex) ou en allant en jam, en discutant avec les copaines du milieu. 


11- Es tu déjà allée aux USA ? (Tourisme, festivals, études ?)

J’ai été deux fois à New York à l'occasion de voyages au Canada, à une époque ou je ne connaissais pratiquement pas le Bluegrass et aujourd’hui je m’en mords les doigts car je suis sûre que je suis passée à côté d’une expérience géniale, même si j’ai adoré visiter la ville.  

12- On a pu te voir plusieurs fois au Festival La Roche dans le off. Qu’est-ce que ca fait d’être à la Roche, qu’est-ce ça fait de rencontrer les « stars » américaines ? 

Alala ! j’adore La Roche, j’aime cette safe place. Dans le sens ou peu importe dans quelle rue je vais, à quel concert je vais, ce sera toujours un bon moment. J’ai passé des heures à jammer dans ce festival et j’aimerais que ma vie ressemble à ça tous les jours. 
Les stars, j’aime les apercevoir, les écouter, mais j’aimerais beaucoup parler davantage anglais pour me sentir à l’aise de discuter plus facilement. Mais j’ai eu la chance de jammer avec A.J Lee et son équipe de Blue Summit, et grâce à ça je peux partir en paix ! 

13 - La question finale concernera l'avenir. Dans les années 80, on
dénombrait entre 20 et 30 groupes en France et des musiciens français
étaient souvent invités à jouer avec des américains quand ils/elles tournaient en Europe. Certains groupes ont aussi fait des tournées aux USA ce qui n’est pas le cas pour les groupes actuels. As- tu une explication sur les raisons pour lesquelles le Bluegrass ne se développe pas davantage en France ou peut être penses-tu que finalement en ce moment ca semble décoller ? De manière plus générale, comment envisages-tu l'avenir et l'évolution de la musique bluegrass ?

Je pense que tout est à construire. Je sais que les filles de Dear John ont pu partir jouer aux états unis il y a quelques années, et je pense qu’il faut se lancer pour y aller. A mon avis, on est toustes un peu timides et il faudrait pas grand chose pour organiser un grand voyage avec une équipe de motivé.e.s. 
En France, j’en parlais justement tout à l’heure mais je suis sûre que d’ici quelques années on va retrouver un attrait pour le Bluegrass bien plus populaire. Je ressens cela grâce à l’équipe du sud de la france qui organise un tas d'événements auxquels on est super nombreux à aller et dont les concerts sont de véritables fêtes (Big Up à Lazy Grass). 
Même à Lyon, en ce moment je croise de plus en plus de monde qui connaît le style et qui s’y met doucement. Je pense que l’avenir du bal Square Dance est devant nous ! 

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